Le Mage Perche. Crimes d'antan : au Mage, le bûcheron tua son collègue à bout portant

L’audience de la Cour d’assises du vendredi 12 mai 1911 nous plonge dans le meurtre dont est inculpé François-Marin Lévesque, dit Patard, 55 ans, bûcheron au Mage.

Dernière mise à jour : 27/11/2012 à 14:53

16 février 1911, après une discussion entre les deux hommes, François Lévesque recula de quelques pas et déchargea son fusil sur son collègue Emile Navet.
16 février 1911, après une discussion entre les deux hommes, François Lévesque recula de quelques pas et déchargea son fusil sur son collègue Emile Navet.

Lévesque et Emile Navet travaillaient comme bûcherons dans la forêt de Longny, sur le territoire de la commune de Neuilly-sur-Eure, pour le compte de sieur Gillet, marchand de bois. Les deux hommes vivaient en désaccord. Un jour que Navet trouva renversées des piles de bois qu’il avait édifiées en stères, il supposa que Lévesque pouvait être l’auteur de ce méfait et s’en plaignit à M. Gillet.
Le 16 février 1911, vers 15 heures, Lévesque, qui n’était pas allé travailler et qui prétend être sorti pour aller à la chasse, se dirigea vers le chantier où Navet coupait du bois avec sa femme et son fils. Il lui reprocha de l’avoir accusé à tort auprès de son patron. Une discussion s’éleva entre Lévesque et Navet.

Mort sur le coup

Lévesque fit alors quelques pas en arrière, sortit son fusil qu’il tenait caché sous ses vêtements, l’arma et vint faire peu presque à bout portant sur son adversaire. La charge de plomb fit balle et troua la poitrine de Navet qui tomba le cœur traversé de part en part. La mort fut instantanée.
Lévesque prétend qu’en déchargeant son arme sur Navet, il avait voulu répondre à la provocation de celui-ci qui lui avait lancé sa cognée dans les jambes. Mais il est formellement contredit par la femme de Navet et son fils, seuls témoins de la scène.
Lévesque n’a pas d’antécédents judiciaires, mais les renseignements fournis sur lui sont des plus défavorables.

Violent

Il est considéré comme un homme extrêmement violent et en conséquence redoutable.
Interrogé par le Président, l’inculpé ne reconnaît aucun des faits ni aucun des propos qui le représentent comme un individu dangereux. En ce qui concerne le meurtre qui est reproché, Lévesque prétend s’être trouvé en légitime défense, Navet l’ayant menacé de sa cognée à deux reprises lorsqu’il lui demanda des explications au sujet des paroles accusatrices qu’il avait prononcées à son égard.
Le premier témoin appelé est Clémentine Navet, 33 ans, ménagère à Neuilly-sur-Eure. Elle déclare que Lévesque est venu le 16 février, entre 14 heures et 15 heures, faire des reproches à son mari au sujet des soupçons portés sur lui par ce dernier et qu’après une courte discussion entre les deux hommes, Lévesque se retira à quelques mètres en arrière, chargea son fusil qu’il tenait caché sous sa blouse et vint le décharger à bout portant sur Navet qui tomba raide mort.

Ismaël Navet témoigne

Ismaël Navet, le fils de la victime, est ensuite appelé. C’est un enfant d’une douzaine d’années, que son excessive timidité empêche d’être clair et précis. Cependant, il paraît manifeste, d’après sa déclaration, que Lévesque, après les reproches adressés à navet, s’est écarté de quelques pas, a armé son fusil et, sans aucune espèce de provocation, a déchargé son arme sur le malheureux bûcheron à 1 mètre 50 de distance au plus.
Le témoin Jean Girard, bûcheron à Moulicent, travaillait à 300 mètres de la coupe où était Navet ; il a entendu une discussion, puis un coup de feu ; il est venu tout tremblant avec le nommé Marchand, a rencontré la femme Navet qui se sauvait épouvantée et qui lui a dit : « Lévesque vient de tuer mon mari à bout portant ». Girard affirme que l’inculpé était très redouté.
A suivre…

Le Mage, 61