Perche. Crimes d’antan : mort suspecte d’une septuagénaire à Saint-Pierre-la-Bruyère

Dimanche 17 décembre 1922. La paisible bourgade de Saint-Pierre-la-Bruyère était mise en émoi par la mort quasi-tragique d’une de ses habitantes, la veuve Savarre, 70 ans.

Dernière mise à jour : 10/10/2012 à 14:42



Que s’est-il passé dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 décembre 1922, dans la petite bourgade de Saint-Pierre-la-Bruyère ?
Que s’est-il passé dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 décembre 1922, dans la petite bourgade de Saint-Pierre-la-Bruyère ?

La veuve Savarre, 70 ans, qui vivait avec son fils Clément, âgé de 34 ans, et l’amie de celui-ci, une veuve François, née Ernestine Renard.


Calvaire de la veuve Savarre

Dans la nuit, les voisins de la septuagénaire avaient en effet perçu des cris de détresse provenant de son habitation et, comme ils savaient que la pauvre vieille avait souvent à subir les mauvais traitements de la veuve François, ils se firent part les uns aux autres de leurs craintes.
On ne parlait rien moins que d’un crime commis en des circonstances si monstrueuses que l’on n’osait à peine y croire. Il était question de coups de fusil tirés à bout portant, puis ensuite de guet-apens et, enfin, d’une discussion entre la victime et l’amie de son fils.
Mais, les choses mises au point, se trouvait-on tout au plus en présence d’une mort suspecte.
Des renseignements que la rédaction du journal Le Perche a pu se procurer, il ressort nettement que la veuve Savarre était loin de jouir, dans le milieu où elle se trouvait, d’une parfaite tranquillité et, à ses souffrances physiques, venaient fréquemment s’en adjoindre d’autres : souffrance morale d’abord et souffrances provoquées par la veuve François, qui n’avait aucun égard à ses vieux ans.

Dernière et funeste scène

Que se passa-t-il dans la nuit de samedi à dimanche ? Une scène pénible, semblable à tant d’autres, et sur laquelle la rédaction a recueilli les détails suivants.
Les voisins les plus proches avaient, au cours de la journée et de la soirée, entendu la veuve Savarre crier : «Oh là là ! Laissez-moi !», supplications auxquelles la veuve François répondait par des mots orduriers.
Quant à Clément Savarre, qui paraissait ivre, il chantait à tue-tête.
Ce n’est que plus tard dans la nuit que tout ce vacarme cessa et le lendemain on apprenait la mort de la pauvre vieille.
Le docteur Jay, de Condé-sur-Huisne, appelé à constater le décès, conclut à une mort suspecte et la gendarmerie fut mandatée.

Parquet de Mortagne

Prévenu à son tour, le parquet de Mortagne, composé de MM. Clerc, procureur de la République, Ruaud, juge d’instruction, Cornilleau, commis-greffier, se transporta lundi sur les lieux, accompagné du docteur Coudray père, de Nogent-le-Rotrou.
Le fils Savarre fit alors cette déclaration aux magistrats : «Ma mère était malade depuis un an environ ; elle avait une plaie à la jambe et se plaignait de maux de côté. Samedi, elle se trouvait alitée et ne s’est levée que quelques minutes. Je me suis absenté vers 7 ou 8 heures du matin pour aller chercher du bois dans la forêt, je ne suis rentré qu’à 10 heures, ma mère était couchée ; je ne me suis plus absenté de la journée. Je lui ai donné à manger vers midi ; son repas s’est composé de pain avec du pâté et une pomme cuite. Ma mère n’était pas sortie depuis deux ou trois jours, et si elle était sortie, ce n’était que par nécessité urgente. Samedi soir, mon amie a dû lui donner à manger. Nous nous sommes ensuite, Ernestine Renard veuve François et moi, couchés de bonne heure».
Interrogée ensuite, la veuve François confirma les dires de son concubin, avec toutefois quelques contradictions, et elle nia avoir frappé la mère Savarre.
Poursuivant ses investigations, le juge d’instruction interrogea diverses personnes du bourg et apprit que le matin même, c’est-à-dire le lundi, la veuve François avait été vue aller de très bonne heure au lavoir. Toutes tombèrent d’accord pour dire que cette femme est de mauvaise vie et ne se livre à aucun travail ; le fils Savarre également du reste, et, lorsqu’ils ont quelques sous, ils les dépensent en boisson.
De même, elles affirment ce que la rédaction relate plus haut : à savoir que samedi, il y avait eu dispute entre elle et la mère Savarre qui faisait entendre des plaintes ; ces personnes n’en savent pas davantage, n’ayant osé intervenir dans la crainte de recevoir un mauvais coup de la veuve François. Cela se passait pendant l’absence du fils qui, en rentrant, aurait reproché à sa concubine de maltraiter sa mère, ce qu’il ne voulait pas. La veuve François aurait alors dit dans le voisinage que les misères qu’elle avait dans son ménage étaient dues à la mère Savarre.

Arrestation de la veuve

Le juge d’instruction avait néanmoins accumulé assez de charges contre la veuve François pour décerner contre un mandat d’arrêt sous l’inculpation de violences, en attendant le rapport du médecin légiste.
Conduite à Mortagne mardi, cette dernière subit un nouvel interrogatoire avant son incarcération et continua à prétendre ne pas avoir porté de coups à la mère Savarre et, par conséquence, ne pouvoir être rendue responsable de sa mort.