Perche. Pourquoi le FN se «¼ruralise¼ » ?
DE L’INCOMPRÉHENSION. C’est le sentiment général qui ressort après le premier tour de l’élection présidentiel qui a placé la candidate du Front national derrière le....
DE L’INCOMPRÉHENSION. C’est le sentiment général qui ressort après le premier tour de l’élection présidentiel qui a placé la candidate du Front national derrière le Président sortant et devant le favori du Parti socialiste.
De leur côté, les électeurs du FN ont soit voté par conviction (comme tendent à le répéter les leaders frontistes), soit par simple rejet.
Travail de fourmis
Dans le Perche ornais, Marine Le Pen (7 920 voix) est arrivée devant le candidat du Parti socialiste (6 959) et loin derrière le Président sortant UMP, Nicolas Sarkozy (11 237).
Bien ancrée à droite, la région percheronne penche dorénavant un peu plus vers l’extrême droite. Patrick Fourny, responsable du Perche au sein du FN, ne cache pas que ses troupes ont mené un travail de fourmis : « Nous avons beaucoup travaillé sur le Perche. Nous avons fait du boîtage, de l’affichage et rencontré des gens ».
Avoir placé sa leader « aux côtés d’Hollande » le « satisfait ». Au même titre que le chef départemental du parti, Lionel Stiefel, il estime que les Percherons ont voté par conviction. « On entend les gens depuis des mois. Ce n’est pas un vote de contestation. Énormément de gens nous appellent pour voir nos projets. Nous avons des personnes qui viennent de tous horizons. Les gens en ont ras-le-bol, ils ont envie d’autre chose. »
Protestation des petits
« Nous avons toujours été diabolisés. Nous n’avons jamais été écoutés. »
« Les Français avaient ouvert un œil, aujourd’hui ils ouvrent les deux yeux. La loi européenne fait mal : après avoir perdu nos commerces, nos postes, nous allons perdre nos casernes de pompiers. Il faut que nous sortions de cette problématique européenne qui est en train de tuer nos pays. »
Dans les villages (comme Chemilli ou Saint-Fulgent-des-Ormes) où l’insécurité est nulle, où l’immigration est quasi-inexistante, qu’est-ce qui pousse les électeurs à accorder du crédit à Le Pen ? Patrick Fourny, qui revendique une hausse de 10 % du nombre de ses adhérents, sans pour autant donner de chiffre exact : « Les communes agricoles ont protesté contre M. Sarkozy qui ne s’est jamais occupé d’eux. C’est tout pour les gros agriculteurs qui ne se plaignent pas. Et les petits sont oubliés ».
Un vrai changement ?
Lionel Stiefel va plus loin : « Nous ne représentons pas que le changement au niveau de l’insécurité. Et nous sommes passés au-dessus de l’immigration, même si cela fait partie de nos actions. Nous représentons un vrai changement politique ».
Ce changement, Michel veut y croire. Fils de prolétaires — « Mes parents travaillaient à l’usine » -, issu d’une famille de sept frères et sœurs, il y croit même dur comme fer : « J’en ai marre de notre société. Il n’y a plus de civisme. Un jour, elle va passer au pouvoir, veut-il croire. Avant dix ans ».
Sa femme a voté Nicolas Sarkozy, ses deux enfants à l’extrême gauche. Lui, pour la deuxième fois en cinq ans, il a donné sa voix au FN. Il avance ses raisons : « J’ai voté contre Sarkozy. Les trois autres (Hollande, Bayrou et Mélenchon) ne me plaisent pas. En plus, le parti est mené par une femme, ce qui n’est pas pour me déplaire ».
Hormis le « franc qu’on ne ramènera pas », il pense que la fille du fondateur du FN peut résoudre tous les maux des Français. L’insécurité ? « On m’a volé deux fois ma moto. Avec Marine, les zones de non droit n’existeront plus. Avec elle, il y aura un peu plus d’ordre. »
À droite, rien qu’à droite
L’immigration ? « Même si je n’en vois pas directement, avec elle, il y en aura moins. On accueille un peu trop de gens », estime-t-il.
Au second tour, il votera blanc. Au même titre que bon nombre d’électeurs du FN. « Je ne veux pas cautionner ces gens-là, dit-il du Président sortant. Les gens ont peur, ils n’ont pas assez confiance en Sarkozy. »
À la différence de Fabienne qui « veut faire opposition à la gauche ». Le 22 avril, elle avait hésité. « Jusqu’au dernier moment. » Elle raconte. « Quand je suis entrée dans l’isoloir, je ne savais toujours pas. Quel bulletin mettre dans l’enveloppe ? » Blanc ? « Non, il fallait que je marque le coup contre la politique de Nicolas Sarkozy. » Vote sanction ? « Oui, absolument. D’habitude, je vote à droite. La dernière fois, j’avais soutenu François Bayrou (centriste du Modem). Mais il m’a déçu. Et puis, il est toujours entre deux : moi, j’aime bien quand les choses sont claires. J’ai été tentée par l’extrême gauche. Seulement, eux, ne veulent pas être du pouvoir, ils veulent juste le renverser. »
Finalement, Fabienne plie un bulletin lepéniste. « Sortie de l’urne, j’avais l’impression que tout le monde savait ce que j’avais voté. »
Son discours ne l’effraie pas ? « En fait, ça ne peut pas être pire que d’autres. »
3 mai 2012 08:59