
Ketty Sina savoure le calme de sa maison de campagne.
NÉE au Gabon, élevée au Cameroun, puis Parisienne et aujourd’hui Percheronne. Ketty Sina a connu mille vies et aspire au repos et à la tranquillité. Celle qui durant deux ans a accompagné Claude François dans ses tournées souhaitait “se mettre au vert pour se ressourcer”. Restauratrice dans la capitale, Ketty était à la recherche d’une maison de campagne quand elle a eu un coup de cœur pour cet ancien moulin à Appenai-sous-Bellême, il y a cinq ans.
«Je me sens chez moi»
«J’adore la nature même si je suis très Parisienne dans ma vie professionnelle, explique Ketty. J’avais besoin de calme et de tranquillité. J’aime les vieilles pierres et l’idée d’un moulin a attiré ma curiosité». L’ampleur des travaux n’a pas freiné l’entrain de la jeune quinquagénaire qui, avec son ami Franck Ribier, s’est lancé avec enthousiasme dans l’aventure. «La maison était délabrée ! Il a fallu refaire les toitures, l’intérieur, drainé le bâtiment. Un travail de titan… Mais j’avais craqué pour le lieu. Et l’accueil des Percherons a été extraordinaire. Ils m’ont ouvert leurs portes, m’ont beaucoup aidé. Ils sont venus vers moi spontanément, avec tant de gentillesse. Ici, dans le Perche, aujourd’hui je me sens chez moi».
Repérée par Claude François
Arrivée en France à 15 ans, Ketty était destinée à apprendre la couture. Promise à un jeune camerounais, étudiant au Havre, elle découvre la vie dans la capitale et s’intéresse rapidement davantage au défilé qu’au métier de couturière. «Six mois plus tard, je défilais» soupire Ketty. Le mariage est vite oublié, une nouvelle vie commence. «J’avais une petite chambre de bonne dans le quartier de Neuilly-sur-Seine, je n’étais pas fortunée, n’avais pas de famille ici. Il fallait se débrouiller. J’ai tenté ma chance et à cet âge on ne se pose pas trop de question, on vit l’instant présent». C’est ainsi qu’une jeune femme noire se retrouve adulée par le monde de la nuit, demandée dans toutes les discothèques pour danser au son du disco. Et un jour, c’est LA rencontre. «Je dansais à l’Elyzée-Matignon, une boîte de nuit bien connue. À l’époque, j’étais très excentrique avec une allure pas commune. À dix-huit ans, on peut tout se permettre, je croquais la vie. Claude François m’a vu et m’a demandé de faire partie de ses Clodettes».
Durant deux ans, jusqu’à la mort de l’artiste en mars 1978, elle enchaîne les spectacles, les tournées, les émissions de télévision. «Avec lui, tout devait être parfait, il ne laissait rien au hasard. Il avait un réel talent et travaillait d’arrache-pied. C’est pour cela qu’aujourd’hui encore on fredonne ses chansons… Il contrôlait tout, les tenues, notre poids, rien ne lui échappait. Mais surtout, je m’amusais beaucoup. Être une Clodette m’est tombé dessus, alors je suivais le mouvement. Je n’ai pas réalisé ce que cela voulait dire. Seulement après».
Faire le deuil
Après sa mort. Claude François disparu, la jeune femme, âgée de vingt ans, saisit ce que l’artiste représentait pour ses millions de fans. «Ce fut horrible, tout le monde pleurait. Et voulait m’approcher. J’ai fui vers l’Italie durant l’été». Puis retour en France en septembre où elle continue de danser et devient meneuse de revue à l’Alcatraz. En 1998, Ketty ouvre son restaurant dans le 13e arrondissement. Puis au 20e anniversaire de la mort du chanteur, elle comprend qu’il est temps de faire son deuil. «Il a fallu tout ce temps pour à nouveau en parler. Il fallait que ça sorte. La douleur est restée vive pendant tant d’années.»
Maman de quatre grands enfants et âgée de 53 ans, Ketty Sina a restauré ce moulin d’abord pour elle. Puis l’idée est venue de faire profiter du cadre verdoyant à d’autres personnes. Trois chambres sont disponibles et l’ex-Clodette a des projets de salle de réception dans un bâtiment annexe. «Maintenant que les travaux sont finis je vais pouvoir souffler». Dans son moulin. Comme aimait le faire autrefois un autre artiste populaire…
N.L.