Mercredi 8 septembre 2010 à 13:15 par lucmoriceau |
Réagissez !

Le Réveillonnais Gérard Labarthe a été de toutes les campagnes de Laurent Fignon.
LAURENT Fignon a perdu son dernier sprint. Le plus important. Sa ténacité, sa pugnacité, sa rage de vaincre n’ont pas suffi. Vainqueur à deux reprises, en 1983 et 1984, de la Grande Boucle, l’ancien cycliste professionnel, âgé de 50 ans, est décédé, mardi de la semaine dernière, des suites d’un cancer des voies digestives. Une dernière échappée pour ce coureur entré dans la légende, après sa défaite, sur les pavés des champs Élysée, dans le Tour 1989. Alors qu’une troisième couronne s’offrait à lui, il cède la victoire à l’Américain Greg Lemond, pour huit petites secondes.
Ces huit secondes lui apporteront la popularité qui, jusqu’alors, le fuyait. Considéré comme “l’intello” du peloton et quelque peu arrogant, ce Parisien natif de la capitale est devenu depuis la coqueluche du public.
Le Percheron Gérard Labarthe, est l’un des mieux placés pour en parler.
Mécanicien à l’époque dans l’équipe du sorcier Cyril Guimard, Renault Elf, le Réveillonnais a été de toutes les campagnes du coureur blond à la queue-de-cheval. Avec Renault, Système U et Castorama. Des années de pur bonheur.
«Jamais il ne se plaignait»
Rangé des vélos, il garde en mémoire tous les bons moments passés auprès de ce compétiteur hors-normes. «Il était très dur avec tout le monde. Et avait souvent une dent contre les journalistes. Mais il était aussi très exigeant avec lui-même. C’était un homme dur au mal. Jamais il ne se plaignait. Quand cela n’allait pas, il ne se gênait pas pour le faire savoir» se souvient Gérard Labarthe. « Il n’accordait pas facilement sa confiance. Mais une fois qu’on l’avait, c’était un type fabuleux. Il savait rire et déconner.»
Rien à voir avec l’image de l’homme ronchon, jamais content. «Quand Laurent faisait la gueule, cela ne durait jamais longtemps. C’était un bon vivant, il se marrait bien, aimait la bonne table. C’était un meneur. Avec Guimard, les deux hommes formaient un sacré tandem». Jusqu’au moment de leur séparation.
Un cyclisme offensif
L’ancien mécano professionnel a en mémoire son franc-parler, sa force de caractère. «Il ne mâchait pas ses mots». D’où parfois certains commentaires et analyses acerbes de ce consultant de luxe à la télévision, . «Il était entier. Il trouvait que les coureurs d’aujourd’hui avaient perdu le goût de l’effort. C’était quelqu’un qui avait du charisme».
Christian Prudhomme, directeur du Tour de France le reconnaît «Il n’hésitait pas à dire les choses. Il a incarné un cyclisme offensif, fait d’attaques variées et incessantes avec un côté assez chevaleresque».
Un vrai combattant. «C’était le coureur né. Seule la victoire comptait. Dans une course, il voyait tout. Il se saignait», souligne Gérard Labarthe. Plus que son mécanicien, il était un peu son majordome et son confident.
«¼Je ne pensais pas ¬
qu’il allait partir¼»
Et de glisser au passage quelques anecdotes. «De peur qu’on vole son vélo, Il m’est arrivé de dormir avec, dans ma chambre d’hôtel » Il se souvient aussi lorsque son champion lui filait un “pourboire” pour services rendus. «Laurent était un homme de cœur». D’autres lui viennent à l’esprit mais l’ancien compagnon d’école de Coluche préfère les garder pour lui. Trop intime, trop personnel.
Lorsqu’il a appris la mort de l’ancien champion de France 1983, Gérard Labarthe n’a pas voulu le croire, même s’il avait conscience que son ami était gravement malade. «On s’était un peu perdu de vue ces dernières années. Une de mes amies m’a prévenu. Cela m’a attristé et choqué parce que je croyais sincèrement, après le tour, qu’il allait mieux. Je lui avais envoyé un message pour lui dire que j’étais heureux de le voir commenter le tour.» Ému. «Je savais qu’il était mal, mais dans ces cas-là on s’accroche toujours. On veut toujours y croire. Je ne pensais pas qu’il allait partir. Vous savez, je lui dois toute ma carrière. Grâce à lui j’ai eu une vie incroyable. Il m’a permis de découvrir le monde et de vivre au milieu de l’une des plus grandes équipes que le cyclisme de l’époque ait connu ». Dans une ultime échappée, Laurent Fignon a bouclé la boucle. Respect.
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