Saint-Cosme-en-Vairais Revivez l'incroyable histoire des "Filles du roi"

Au chapitre de ces petites histoires qui font la grande, celle des "Filles du roi", mise au jour voilà plus de vingt ans par un historien québecois, est édifiante.

Dernière mise à jour : 22/01/2014 à 17:37

Historien québécois, Yves Landry a axé l'essentiel de son travail à l'émigration française au Canada et tout spécialement sur un épisode fondateur, celui des Filles du roi
Historien québécois, Yves Landry a axé l'essentiel de son travail à l'émigration française au Canada et tout spécialement sur un épisode fondateur, celui des Filles du roi

Québecois d’origine, l’historien Yves Landry y a vécu jusqu’au milieu des années quatre-vingts dix. Il a axé l’essentiel de ses recherches, associé à des démographes, sur l’émigration française au Canada au XVIIème siècle avant de rejoindre le “vieux Monde” pour approfondir ses découvertes.

En France il a épluché durant des années toutes les principales sources françaises de cette émigration : La Rochelle, l’université d’Artois puis l’université de Caen de 2001 à 2007. Là, il a pu y étudier de près les motivations de ces émigrants notamment en dirigeant le programme de recherche sur l’émigration en Nouvelle France.

800 femmes pour peupler la colonie

Il a surtout axé sa thèse de doctorat sur un épisode méconnu de ce pan de l’histoire franco-canadienne : les filles du roi. Une thèse, publiée, qui fait désormais référence depuis une vingtaine d’années et qui va être mise en valeur les 10 et 11 juin prochain lors de festivités commémoratives dans le Perche :

“Ces “filles du roi”, ce sont quelque huit cents femmes qui ont été envoyées au Canada entre 1663 et 1673 pour “peupler la colonie” ! Elles étaient choisies parmi les filles plutôt solides, des “reproductrices” pourrait-on dire trivialement. Elles provenaient de la région parisienne mais aussi de l’Ouest dont la Normandie et quelques-unes du Perche.”

S’agissant de la volonté du roi, on peut légitimement s’interroger sur leur consentement à partir à l’autre bout du monde :

“On imagine mal en effet qu’elles aient été en mesure de refuser mais nous n’avons pas d’élément indiquant le contraire non plus. Ce qui est sûr c’est qu’au final, lorsqu’elles arrivaient là-bas, elles découvraient un territoire plutôt riche avec une alimentation abondante, de l’eau pure…”

Un grand choix masculin !

Ce qui est certain c’est qu’il fallait beaucoup de courage et d’abnégation à ces femmes ou jeunes filles pour parcourir déjà la distance les amenant jusqu’aux ports d’embarquement, pour attendre parfois sur place le départ et ensuite pour affronter deux mois d’une traversée maritime souvent très chaotique :

“On estime que 10% d’entre elles mourraient lors de la traversée. Par contre, une fois sur place, elles ne vivaient pas si mal. Globalement, elles se mariaient dans les cinq-six mois de leur arrivée. Il faut dire qu’elles avaient le choix parmi les prétendants ! A tel point qu’on s’est aperçu que 15% annulaient leur contrat de mariage, bien évidemment c’était avant de passer devant un prêtre car après c’était définitif. Et ensuite on a pu constater une natalité supérieure à celle connue en France avec une moyenne de 9,1 enfants contre 7,6″.

Un taux de natalité que l’historien explique en grande partie par une qualité de vie bien supérieure à celle de la France du XVIIème siècle, une alimentation plus abondante et saine, moins de maladies donc, moins de carences… et un “bien-être” susceptible de déboucher sur une activité sexuelle plus intense !

Le 350ème anniversaire de cette épopée

Cette année 2013 marque le 350ème anniversaire de cette “épopée” des filles du roi. Il existe d’ailleurs toujours au Québec une société historique qui est dédiée à ce fait historique capital. Pour cette occasion, trente-six femmes – pour les trente-six pionnières, “mères de la nation” – vont incarner, en tenue du XVIIème siècle, trente-six de ces filles émigrées en Nouvelle France.

Des festivités (voir ci-dessous) vont se dérouler dans le Perche durant deux jours dans plusieurs sites symboliques et notamment à Saint-Cosme-en-Vairais à l’occasion d’une grande soirée. Une sorte de pèlerinage au pays des ancêtres d’une force toute particulière aussi bien pour ces descendants que pour tous ceux qui se passionnent pour cette histoire commune entre les deux continents :

“Ce sera assurément un moment très fort. Au fil des années, sur ces huit cents filles, je suis arrivé à retrouver la trace de 764 d’entre elles, un travail de fourmi dans les registres paroissiaux et des découvertes d’anecdotes souvent fabuleuses comme celle où l’on raconte qu’à l’arrivée des bateaux, des hommes se précipitaient dans des chaloupes pour être les premiers à les accoster !”

Ce qui frappe aussi dans ce travail de recherche, c’est son étonnante modernité à l’heure où l’on évoque ces Français qui partent à l’étranger tenter leur chance. Les motivations des émigrants étaient certes très diverses mais pour beaucoup c’était avant tout pour améliorer son sort car relativement peu étaient portés sur un goût immodéré pour l’aventure.

On retrouve pas mal de traces de regroupements familiaux avec des oncles, des cousins. Il y a ceux aussi qui se rachetaient une virginité judiciaire comme les faux-saulniers, d’autres qui étaient victimes de bannissement familial parfois.

Yves Landry parle de quelque trois cents Percherons qui ont quitté leurs terres pour l’aventure en Nouvelle France de 1630 à 1660, sous la forte impulsion notamment de l’apothicaire Robert Giffard à qui on avait accordé une seigneurie. A l’échelle de la Normandie on évoque environ 1730 émigrants.

Programme des festivités des 10 et 11 juin

Lundi 10 juin : Journée de visite à Mortagne-au-Perche, Saint-Langis-lès-Mortagne, Parfondeval, Chemilli, Nogent-le-Rotrou… pour découvrir les lieux symboliques de l’émigration en Nouvelle France

Mardi 11 juin : Visite de Tourouvre, Autheuil, Randonnai, Bresolettes, Blavou…

Grande soirée à Saint-Cosme-en-Vairais à partir de 18h. Au complexe culturel, salle des Anciens, conférence d’Yves Landry sur les Filles du Roy et l’émigration percheronne. Intervention de Maud Sirois-Belle. Débat.

A partir de 19h30, soirée festive à la salle Atlantis, séance d’intronisation par la Confrérie des chevaliers du goûte-boudin, dîner en musique avec Denécheau Jâse Musette.

Pour tout renseignement et pour s’inscrire à cette soirée : 02 43 97 55 44 (secrétariat de la mairie de Saint-Cosme-en-Vairais) 




Saint-Cosme-en-Vairais, 72

  1. Lambert
    9 juin 2013 12:04
    Bonjour
    Est il possible de n'assister qu'à la conférence Mardi soir de M LANDRY et non à l'ensemble de la soirée ?
    Merci de votre réponse
    T. Lambert